Séjour à  Malte         Avril-mai 2018 

Atterrissage à LaValette, capitale de Malte en début d’après-midi où nous attend le vent qui nous surprend quelque peu et nous accompagnera tout au long du séjour.

Afin de nous mettre dans l’ambiance, nous assistons à la projection de Malta Experience qui retrace les 7000 ans d’histoire du pays. Tout au long du séjour, nous retrouverons de nombreux témoignages de cette histoire, temples néolithiques, sonorités sémitiques de la langue maltaise, mélange d’architectures arabe, normande, puissantes fortifications des Chevaliers, forte présence de l’église catholique….

Le positionnement stratégique de Malte, Gozo et Comino, ces « cailloux » au centre de la Méditerranée a toujours attiré les envahisseurs.
Les premiers hommes installés sur l’île seraient venus de Sicile vers 5200 av JC, ils nous ont laissé des temples néolithiques.
Durant l’Antiquité, Malte passe successivement aux mains des Phéniciens (800 av JC), des Carthaginois (600 av JC), des Romains (218 av JC). La légende dit qu’en l’an 60, Saint Paul, en route vers Rome pour être jugé, fait naufrage à Malte, y séjourne quelques mois et convertit les habitants au christianisme.
Au Moyen-Age, Malte connait l’invasion arabe en 870, les habitants sont convertis à l’Islam, les juifs et chrétiens sont tolérés. La langue maltaise est la seule langue sémitique écrite en caractères romains, son alphabet est phonétique ; de nombreux noms de lieux ont une origine arabe (marsa = port). L’île devient un haut lieu de commerce des esclaves et une base pour les corsaires et le restera durant plusieurs siècles.
En 1090, Roger 1er comte de Sicile s’empare de l’île puis en 1240 l’empereur germanique Frédéric II chasse les Arabes.
L’Ordre de Malte, chassé de Rhodes en 1522 par les musulmans, cherche une terre d’accueil. Charles Quint lui concède Malte et Tripoli. Les Chevaliers, religieux à l’origine sont devenus en plus militaires, ils sont recrutés dans les familles nobles d’Europe. La création du tribunal de Birgu marque le début de l’emprise des Chevaliers ; ils construisent des fortifications, édifient le fort Saint Elme, la ville de Senglea (l’une des Trois Cités). La menace turque plane toujours, en 1551, ils réduisent les 5000 habitants de Gozo en esclavage, Tripoli est rendue aux Turcs. En 1557, Jean Parisot de La Valette est élu Grand maître de l’Ordre et continue de fortifier l’île avec le concours de la France et de l’Espagne, il réunit les forces chrétiennes. Le 19 mai 1565, le Turcs débarquent au sud de l’île dans la baie de Marsaxlokk, le siège est long et violent, ils s’emparent du fort St Elme puis attaquent Birgu et Senglea. L’arrivée d’un « petit secours » de 700 soldats de Sicile le 29 juin encourage les maltais, le « grand secours », qui arrive le 7 septembre, fait fuir les Turcs épuisés. Les Chevaliers tiennent là leur revanche sur Soliman le Magnifique qui les avait chassés de Rhodes. Cette victoire maltaise est celle du monde chrétien et amorce le déclin de la puissance maritime turque. La Valette, reconnu comme le plus grand homme de guerre de son temps par son ennemi Dragut, fait construire une ville nouvelle en 1566 et lui donne son nom.
A partir de 1680, l’influence espagnole décroit au profit de la France, mais la Révolution française fait naître des tensions dans les membres de l’Ordre. Bonaparte, en route vers l’Egypte, fait halte à Malte et l’annexe, mettant ainsi fin à 268 ans de domination de l’Ordre. Il organise le pillage des églises et palais pour payer ses soldats ; ces richesses seront coulées par l’amiral Nelson peu après ! Les Chevaliers s’installent à Rome en 1834 et ne reviendront à Malte qu’en 1998, le gouvernement local leur donne la jouissance du fort St Ange comme ambassade pour 99 ans.
Par le traité de Paris en 1814, Malte devient colonie britannique. L’ouverture du canal de Suez en fait un passage obligé et un entrepôt de marchandise .Régulièrement, Malte réclame son indépendance, les Britanniques proposent des constitutions. La Première Guerre mondiale fait oublier les problèmes locaux, Malte est qualifiée d’infirmière de la Méditerranée pour son courage et son aide. La lutte pour l’indépendance reprend, Malte devient état autonome mais les anglais gardent le contrôle de la défense et de la politique étrangère. Cette constitution est suspendue deux fois.
La seconde Guerre mondiale interrompt de nouveau la lutte. Hitler veut en finir avec Malte pour protéger le ravitaillement de ses troupes en Afrique. De janvier 1941 à avril 1942, l’île est massivement bombardée ; les maltais résistent malgré les villes détruites.
Les Alliés envoient un convoi de vivres et de munitions ; seuls 5 bateaux sérieusement endommagés arrivent, le dernier le 15 août qui est depuis doublement fêté. Les maltais ont supporté environ 3000 raids aériens, ce second « Grand Siège » se termine par la victoire alliée d’El-Alamein. L’île sert ensuite de base aérienne pour la campagne de Sicile en 1943.
Le roi Georges VI remet la croix de Saint Georges, qui orne le drapeau maltais, en remerciement au peuple pour son rôle primordial lors de la seconde guerre mondiale.
En 1947, le gouvernement autonome est restauré, les femmes ont le droit de vote, Malte obtient enfin son indépendance le 21 septembre 1964.
Le 8 mars 2003, les maltais votent « oui » à l’adhésion à l’Union européenne.
2018 est l’année de Malte capitale européenne de la Culture.

Le bâtiment de la Sacra Infermeria que nous visitons est situé sur l’emplacement exact de l’hôpital historique des Chevaliers. Les immenses salles de soins sont aujourd’hui de magnifiques écrins pour des réceptions et activités culturelles.

Après une nuit de repos et un réveil matinal au son des marteaux piqueurs, nous partons à la découverte de La Valette. Les maisons sont construites en pierre locale calcaire aux couleurs de miel, les toits plats souvent équipés de réserves d’eau et de panneaux solaires. La ville de 4km de longueur a séduit les Chevaliers par la qualité de ses ports naturels qui permettaient d’abriter 500 navires et que nous pouvons apprécier  depuis les jardins d’Upper Barracca. Au milieu du port, le Fort Saint Ange, édifié par les Arabes au IXème siècle, où Le Caravage fut incarcéré.
Le monument de l’Indépendance célèbre l’évènement de 1964, même si la république n’a été proclamée qu’en 1974. La belle fontaine des Tritons, cassée lors de l’indépendance a été restaurée. Dans la ville cohabitent les palais anciens aux balcons de bois colorés et des immeubles modernes comme le Parlement et la Nouvelle Porte de l’architecte Renzo Piano.
Les huit Auberges étaient les lieux de résidence des Chevaliers, la croix de Malte avec ses huit pointes rappelle les huit nationalités d’origine des Chevaliers de Saint Jean.
La belle Auberge de Castille est devenue le bureau du Premier Ministre. L’Auberge de Provence abrite le musée archéologique où sont regroupées de nombreuses statues trouvées dans les 30 Temples néolithiques dédiés à la fertilité entre autres, les pierres des hypogées de Gozo et de Malte, des pierres richement décorées.
Le fort Saint Elme abrite le musée de la guerre où sont regroupés des uniformes aussi bien que des avions, barges de débarquement des deux guerres mondiales.

Changement de décor pour la troisième journée, nous visitons le sud de l’île qui était une région de marécages asséchés à l’aide de fours de boulangerie. Les Romains y ont commencé la production d’huile d’olive, les arabes, eux ont arraché les oliviers et les ont remplacé par des plantations de coton ; les oliviers ont été réimplantés seulement pendant la période de domination anglaise.
La belle Grotte Bleue, creusée dans la roche calcaire, ainsi nommée en référence à son homonyme de Capri, nous attend et sert de beau décor à de nombreuses photos souvenir.
Le Temple d’Hagar Qim, date de 3600 av JC, son nom signifie « grosse pierre » car on y a découvert une pierre de 20 tonnes qui porte les marques des petites pierres qui ont servi à la faire rouler pour sa mise en place. A signaler la particularité de ce site est d’avoir une entrée et une sortie distinctes aux extrémités de l’allée centrale desservant les chapelles latérales. Sur ce site ont été trouvées, cachées sous un escalier, les 7 statues de la fécondité exposées au musée de La Valette, ainsi que des ossements d’animaux attestant des sacrifices.
Le port de Marsaxlokk (marsa=port, lokk=sirocco) est la première ville d’Europe touchée par le vent arrivant d’Afrique.  Les luzzus, ces petits bateaux de pêche sont joliment colorés et portent à la proue l’œil d’Osiris pour les protéger. L’œil ne nous protègera pas de la chute d’un lourd parasol sur la tête d’une adhérente !!
La grotte préhistorique de Ghar Dalam, creusée à l’Age de Glace, renfermait des ossements de loups, d’éléphants nains et a abrité les premiers habitants de l’île venus de Sicile il y a 7000 ans.
Le temple de Tarxien, utilisé à l’Age de Bronze, 2300 ans av JC, porte les traces de crémation humaine et de sacrifices rituels d’animaux ; il est composé de quatre structures mégalithiques.

Le jour 4 nous voit prendre le bateau vers Gozo, le vent bien présent souffle dans le bon sens et nous permet de faire une agréable promenade en barque passant sous la « vraie fenêtre », le tunnel reliant la haute mer à la mer intérieure aux vertigineuses parois de calcaire. La tempête a bien fait tomber une fenêtre sculptée dans la roche, mais les habitants considèrent qu’elle était la « fausse fenêtre ».
A Gozo, l’architecture traditionnelle est bien mieux respectée que sur l’île de Malte. Après la razzia, en 1551, de tous les habitants de l’île, la construction d’une Citadelle fortifiée permettait aux nouveaux habitants de s’y réfugier.
Le peuple y est encore plus croyant qu’à Malte, la cathédrale abrite une statue de la Vierge dont la coiffe et la ceinture sont ornées de diamants offerts par les habitants.

Jour 5, nous découvrons l’intérieur de l’île.
Après une halte commerciale dans des fabriques de verreries et filigranes, nous découvrons la petite ville de Mosta et sa majestueuse église bâtie sur le plan du Panthéon de Rome et dont le dôme est le troisième plus grand (après St Pierre de Rome et St Paul de Londres).
Tout autour de l’île, les tours de guet, construites au XVIIème siècle par les Chevaliers sont  toujours en place. Chaque tour est à portée de vue de la suivante et de la précédente.
De nombreux marais salants permettent la production de sel.
M’Dina, aujourd’hui petite ville de moins de 300 habitants était la capitale avant la construction de La Valette. Sa situation loin de la mer a été la cause de son abandon.
A l’époque romaine, sa superficie était beaucoup plus grande, son cimetière a été retrouvé dans l’actuelle ville de Rabat. Son nom signifie en arabe « ville fortifiée », de nos jours on l’appelle « ville silencieuse », le silence n’y est troublé que par les touristes !
La vue depuis les remparts s’étend au loin sur l’île.
Les ruelles étroites sont sinueuses, chaque partie rectiligne ne doit pas dépasser une portée d’arbalète. La maison la plus ancienne porte la date de 1233.
Les maisons portent des noms figurant surs de jolies plaques, souvent des noms de saints ; les maisons ne sont jamais fermées à clef.
Les catacombes et la grotte de Saint Paul nous replongent dans les légendes de l’île.
Beau panorama depuis les falaises de Dingli, le bleu du ciel de de la mer se confondent.
5% de la population maltaise travaille dans l’agriculture. Le climat sans véritable hiver permet plusieurs récoltes de céréales, de pommes de terre et de tous les légumes.

 

Le sixième jour est consacré aux Trois Cités. Elles font face à La Valette.
A leur arrivée sur l’île, les Chevaliers s’installent à Birgu (renommée depuis Vittoriosa), qui n’était qu’un petit village de pêcheurs. Ils ont construit de nombreux palais, Auberges, églises et l’Inquisiteur venu de Rome y a installé son palais.
Birgu était le faubourg de la Citadelle ; pour y entrer on doit franchir une première porte, un pont puis une seconde porte. De petits bateaux faisaient la navette sur les bras de mer entre chaque presqu’île.
Après avoir parcouru à pied les ruelles de Senglea et Birgu, nous prenons le bateau pour parcourir la grande rade, admirer les remparts de fortification, les importants chantiers navals, longer les Trois Cités, tout cela sans vent et sous le soleil.

Le jour 7 nous visitons deux palais.
La Casa Rocca Piccola, construite au XVIIIème siècle par un Chevalier dont un descendant est aujourd’hui propriétaire, lui-même appartenant à l’ordre de Malte. Nous pouvons admirer de belles collections d’œuvres rares, vaisselle, meubles et de belles dentelles.
Le palais Parisio, construit aussi au XVIIème siècle a été restauré au XIXème par le marquis de Scicluna qui y a englouti sa fortune. Les descendants de la famille habitent à proximité et nous permettent d’admirer les richesses du palais aux nombreuses évocations historiques. Il sert souvent de décor lors de tournages de films.
Face au palais, l’église de Naxxar conserve en son centre l’église ancienne antérieure à l’arrivée des Chevaliers qui ont construit le nouvel édifice autour ; ses portes sont en bronze.
Le Chevalier français Antoine de Saint Paul devient Grand maître en 1623 et fait construire sa résidence d’été avec de magnifiques jardins à Saint Anton. C’est aujourd’hui la résidence de la Présidente de la République Maltaise, très appréciée de son peuple qui déplore que la constitution l’empêche de se représenter…cela fait rêver certains !!
De magnifiques parterres de géraniums, œillets de poète, pétunias, des ficus géants âgés de plus de 900 ans, des cactus géants, citronniers et orangers donnent à profusion des fruits vendus au profit des enfants nécessiteux…

Dégustation de production locale de vins blanc et rouge.

 

 

Le vent et la pluie nous ont rattrapés pour notre dernière journée et gâchent quelque peu la visite de deux petits villages qui sont sans doute beaux sous le soleil.
Heureusement la dégustation d’une délicieuse huile d’olive accompagnée de bon pain, olives et vin adoucit notre matinée.
L’après-midi est consacrée selon l’humeur aux derniers achats, à la visite de la marina aux nombreux yachts ou au repos.

Nos amis du second groupe sont bien arrivés et commencent à leur tour le périple, nous leur souhaitons un aussi bon séjour que le nôtre.

Françoise a encore réussi à nous surprendre par la richesse et la variété des visites qu’elle a proposées sur ce petit territoire à l’extrême sud de l’Europe. Un grand merci à elle .

Organisation, Françoise Monteyrol.

Récit, Annie Charlier.

Photos, Dominique Dedieu.